Désintermédiation bancaire et désintermédiation financière sont-elles toujours d’actualité depuis 2008 ?

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Désintermédiation bancaire et désintermédiation financière sont-elles toujours d’actualité depuis 2008 ?

Message par mechemache samir le Mar 21 Avr - 22:32

La désintermédiation est la conséquence d’une modification des comportements et des circuits de
financement, visant à privilégier l’accès au marché monétaire et financier pour financer les besoins
de l’économie ou pour placer des capitaux.
La désintermédiation bancaire et financière a été accélérée dans les années 80-90 par la
mondialisation des marchés financiers, leur déréglementation et la libéralisation des flux de capitaux.
Depuis la crise de 2008 des changements se sont opérés et nous pouvons nous interroger sur les
conséquences ce celle-ci sur le recours aux marchés par les différents acteurs.

Pour cela, nous reviendrons dans une première partie sur le contexte d’avant crise, puis nous
envisagerons dans une deuxième les impacts de celles-ci sur les choix de financement.

1/ LE CONTEXTE
a) Contexte historique
• Premier stade : recours essentiellement par l’intermédiaire de la banque
• Le phénomène d’industrialisation a nécessité de nouveaux canaux de financement
• En effet, effondrement du système bancaire (année 80-90) lié à plusieurs facteurs :
On peut noter ainsi :
- Le durcissement des politiques monétaires de la décennie 80 après les dérapages
inflationnistes des années 70 ;
- Les faillites retentissantes des banques commerciales américaines après le changement de
politiques monétaires du système de réserve fédérale ;
- La montée en puissance des banques d’investissement qui avaient été protégées des
faillites par leur interdiction légale d’intervenir dans les métiers de la banque commerciale ;
- Le développement de l’euromarché ;
- La dérèglementation
- L’institutionnalisation de l’épargne …
 L’essor des marchés
Ainsi les années 80 ont été marquées par une vague de changements structurels et d’innovations
financières qualifiés de « 3D » :
• Désintermédiation : autonomisation progressive des agents non-financiers vis-à-vis des
banques. Les entreprises d’une certaine taille peuvent effectuer directement leurs emprunts
sur le marché auprès des épargnants.
• Décloisonnement : ouverture internationale des marchés de capitaux par l’abolition des
changes et la disparition des établissements de crédit en banques de dépôts et banque
d’investissement.
• Dérèglementation : changement des règles de contrôle des marchés, avec la mise en œuvre
des nouveaux produits financiers et en une libéralisation de la rémunération de l’épargne.
De cette explosion de la finance directe, parler de désintermédiation est incontestable.
b) Restructuration des établissements bancaires vers les opérations de marchés
Pour pallier à la baisse de leurs marges d’intermédiation et rendre le marché efficient en matière
d’infrastructures et de logistiques, les banques sont devenues acteurs des marchés financiers.
• Développement des activités de marché, source de commissions,
• Restructuration du PNB de la banque, en plus de la marge d’intermédiation, les banques
génèrent des commissions.
En d’autres termes, à travers les mutations des dernières décennies, les banques génèrent de plus en
plus de profits à travers leurs commissions qu’à travers leurs marges d’intermédiation, en
augmentant leurs activités de hors bilan, même si elles sont soumises à une concurrence de plus en
plus vive de la part d’intervenants non bancaires sur certains de leurs métiers ; elles ont répondu en
élargissant leurs gammes de métiers et fonctions.
Néanmoins, l’essor des marchés financiers accompagné d’une politique monétaire accommandante
et d’innovations financières mal maitrisées ont conduit à la crise de 2008.
2/ IMPACTS DE LA CRISE SUR LA DESINTERMEDIATION
La crise a eu comme impact une méfiance sur l’ensemble des acteurs.
Elle s’est traduite à la fois sur l’offre de financement mais aussi sur la demande.
a) Impacts sur l’offre de financement
• Crise de confiance sur les marchés interbancaires : sentiment de méfiance entre les banques
(doute sur le contenu des bilans des confrères) se traduisant par un arrêt des prêts entre
elles. Conséquences crise de liquidité ;
• Méfiance vis-à-vis des marchés ;
• Réallocation de l’épargne investis sur les marchés vers les ressources a vue des banques
(décollecte de l’assurance au profit des livrets) ;
• Intervention de l’Etat :
o La recapitalisation des banques, afin de les rendre plus solides
o La nomination de médiateurs de crédits : les clients n’arrivant à avoir accès au crédit,
les clients faisaient appel à eux pour favoriser l’accès à l’offre
o Dotations par l’état des fonds de garantie (5 milliards à vérifier) OSEO
• Baisse de l’offre de financement
 Retour à la relation intermédiée
b) Impacts sur la demande de financement
Avec un contexte économique difficile, la demande de financement a subi plusieurs impacts
• Report ou annulation des opérations de financement sur les marchés ;
• Evolutions des besoins de financement : le contexte fait apparaître des besoins de
trésorerie ;
• Intervention de l’Etat : Loi de modernisation de l’économie (LME) avec le raccourcissement
des délais de règlements clients à 45 jours fin de mois ; recours au médiateur ;
• Restructuration des modes de financement : stratégie de désendettement et reconstitution
de la trésorerie à partir de la cession d’une partie de leurs actifs ;
• Réallocation de leur investissement de l’appareil productif vers la recherche et le
développement.
Les acteurs se sont donc détournés des marchés vers un besoin de relation intermédiée.
CONCLUSION
L’évolution des marchés financiers et bancaires sur le dernier quart de siècle a porté la
désintermédiation financière et bancaire sur le devant de la scène. Les coûts de l’intermédiation
bancaire, son rôle de filtre pas toujours adapté aux besoins nouveaux des économies, aux
changements technologiques et à l’évolution des mentalités, ont été à l’origine des décisions
réduisant ou cantonnant l’intermédiation financière et bancaire. Sous les vocables de dérégulation,
désencadrement, liberté d’installation, désintermédiation etc. des pays, comme la France,
traditionnellement méfiants à l’égard du fonctionnement et de l’efficacité des marchés, ont « libéré »
les conditions dans lesquelles l’offre et la demande de monnaie se réalisaient.
Ce faisant, les pouvoirs publics perdaient une maîtrise sur ces mêmes conditions, compensée, le
jugeait-on, par les normes posées dans le cadre des ratios « Cooke » et « Mac Donough »,
compensées aussi par la mise en place de règles relatives à la sollicitation de l’épargne publique et à
la conception des produits financiers mis sur le marché.
La crise de 2008 est venue tempérer les enthousiasmes en matière de désintermédiation permettant
aux défenseurs d’une intermédiation modérée de revenir en force.

mechemache samir
Invité


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